Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Caravane n° 484 – Éditorial du Président Bruno CUCHE

ÉDITORIAL du Général d’Armée Bruno CUCHE

Président de la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE
Président de l’Association des Anciens Combattants de la 2e D.B

CARAVANE N° 484 – Octobre 2019

 

« POURQUOI EVOQUER CE PASSE RÉVOLU ? »

 

Pourquoi évoquer ce passé révolu ? Pourquoi ressasser ces événements et ne pas les oublier ?
Est-ce bien utile et ne devrait-on pas plutôt rester tourné uniquement vers l’avenir.

Parmi bien d’autres je vois principalement trois raisons d’être à ces commémorations.
L’histoire de France qui remonte à l’Antiquité est si riche qu’il est pratiquement impossible de l’enseigner totalement et intégralement dans nos établissements scolaires. Il faut faire des choix. Ainsi certains événements sont passés sous silence.
Heureusement des communes comme la vôtre, madame le Maire se chargent de combler ces lacunes.
Elles sont assistées dans cette noble tâche par certaines associations patriotiques comme la nôtre qui s’est donnée pour mission de promouvoir inlassablement le souvenir, l’histoire et l’exemple de ce grand chef militaire que fut Le-clerc comme ceux de ces admirables combattants volontaires, qui, par leur engagement et parfois leur sacrifice, ont élevé au rang de valeur universelle le mot « liberté ».

Mais l’histoire n’a d’intérêt véritable que si l’on sait en tirer les leçons utiles pour le temps présent ou pour bâtir l’avenir. Elle ne peut et ne doit pas être réservée aux seuls passionnés ou aux érudits. C’est donc bien là, le deuxième rôle essentiel joué par ces commémorations. J’en voudrais pour preuve que la présence parmi nous, ce matin, de détachements et des emblèmes de cinq régiments* de la 2e Brigade Blindée. Ils ne sont pas là uniquement pour le décor ou le prestige. Ils incarnent précisément ce trait d’union entre l’histoire de la 2e DB entre 1943 et 1945 et la 2e BB d’aujourd’hui qui hérite de ses traditions.

Si ces régiments ont pris part, il y a 75 ans, aux événements que nous commémorons cette année, ils ont conduit, cette année, sur notre territoire national des missions opérationnelles dans le cadre du plan « Sentinelle » pour assurer notre sécurité à tous. Demain, ils s’apprêtent à partir vers tous les horizons, en Afrique comme au Moyen-Orient, pour combattre le terrorisme islamiste. Si le contexte de nos engagements a bien évolué, la menace rôde toujours aussi insidieuse, lâche et aveugle. Il nous faut des soldats bien entraînés, à « l’esprit guerrier » et au moral d’acier pour lutter contre ces périls mortels. À ce titre, ils sont bien les héritiers de leurs anciens que je salue, à nouveau, avec respect et admiration, en ma qualité de président de l’Association nationale des Anciens de la 2e DB.
Mais il existe enfin un troisième bienfait à ces commémorations.

Il ne faut surtout pas le négliger : elles nous permettent ces moments de cohésion et de chaleureuse fraternité, inestimables en ces temps troublés ou trop souvent les liens qui devraient unir les Français se distendent.
Elles nous permettent aussi de retrouver ces vraies valeurs ancrées dans cette France profonde qui reste l’âme de notre nation. Elles nous permettent enfin ce riche moment intergénérationnel d’humanité au cours duquel nous avons une pensée intense pour certains anciens qui animaient les anniversaires précédents et qui nous ont quittés depuis.

Je pense plus particulièrement aujourd’hui à Raymond Nicolay, d’Agon, longtemps président de notre association pour la Manche, à Claude Deboosere qui n’hésitait pas à venir de ses Vosges lointaines, à Raymonde Jeanmougin, admirable Rochambelle, dont le souvenir est évoqué ici même sur ces panneaux, à Marcel Grand-Guillot, de Barneville, décoré de la Légion d’honneur juste avant son décès et tant d’autres…

J’ai aussi une pensée pour tous ceux, madame le Maire, que vous avez si souvent accueillis, ici même, avec tant de chaleur -voire d’affection- et qui, aujourd’hui, n’ont pas pu se déplacer : notre président d’honneur, le colonel Maurice Cour-desses, Roger Naviner, qui animait si bien ces réunions ou enfin Jean Piétri, qui fêtera ses 95 ans le 31 juillet.
Ainsi, chers amis, vous l’aurez bien compris, commémorer n’est pas un acte passéiste ou nostalgique.
Non, commémorer, c’est bien se réunir pour évoquer et rappeler certains événements du passé afin d’en tirer toutes les leçons utiles pour vivre intensément le présent et bâtir l’avenir avec sagesse et lucidité.

 

Extrait de l’allocution prononcée aux cérémonies
du 75e Anniversaire de la Libération,
à Saint-Martin-de-Varreville.
par le général d’armée Bruno CUCHE,
président de l’Association nationale des
anciens combattants de la 2e DB.

 

* 1er RSM, 501e RCC, 40e RA, 3e RAMA, 13e RG