Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

PRIX FONDATION Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE – 2018 – ( 3 prix décernés )

 

Prix fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE 2018

 

«SCIENCES  COGNITIVES  ET  ORGANISATION  DES  POSTES  DE  COMMANDEMENT »


Madame Alix SENNYEY
Madame Aline LEBOEUF
Chef d’escadrons Louis-Guilhem LARCHET
Chef de bataillon Henri HOURS


Sujet brûlant d’actualité qui ne concerne pas uniquement les armées ou le combat mais qui reste particulièrement grave lorsqu’il s’agit de la vie des hommes, de victoire ou de la survie d’une civilisation.
Je me permets tout simplement de suggérer aux 4 auteurs de cet article de méditer sur ces deux citations :
« l’automatisation de la société est une cage de verre, un piège confortable »
Et cette autre, même si elle ne concerne pas particulièrement l’art militaire : « bon courage aux algorithmes qui voudront copier ou imiter VAN GOGH ou PICASSO ! ».
Autrement dit en faisant uniquement le pari de l’intelligence artificielle, peut être oublie-t-on un grand absent «L’ESPRIT » qui distingue l’homme de tout autre être vivant ou de toute machine…
Rappelons-nous enfin cet avertissement du général de GAULLE : « la guerre est contingence ». ».

Général d’Armée Bruno CUCHE
Président de la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Les sciences cognitives sont souvent considérées comme un effet de mode, voire une affaire de quelques spécialistes. Elles ont pourtant déjà révolutionné nombre de domaines et sont en pleine expansion. L’armée de Terre, qui a su prendre le virage de la numérisation, pourrait, et saurait-elle, tirer profit de ce nouveau champ d’évolution?
Si oui, quelles découvertes cognitives seraient susceptibles de peser demain sur les structures de commandement ? C’est à ces questions, et à beaucoup d’autres, que les auteurs de cet article tentent de répondre.

Introduction

Dans Action terrestre future, document prospectif destiné à l’emploi optimum des forces dans l’avenir, l’armée de Terre
identifie la «performance du commandement» comme un facteur fondamental de la supériorité opérationnelle. Celle-ci est ainsi caractérisée: «La performance du système de commandement doit assurer la direction optimisée des opérations par la prise en compte de quatre impératifs interdépendants […]: l’intelligence des situations, l’accélération des décisions, la plasticité des organisations et la réduction des vulnérabilités».
Les trois premiers impératifs font référence à des thèmes abordés par une discipline autrefois discrète, mais de plus en plus citée aujourd’hui: les sciences cognitives. Parce qu’elles ont l’attrait de la nouveauté, elles sont porteuses d’une attention, d’une attente, sinon d’un espoir, qui se révèlent dans la multiplication des références qui leur sont faites, en particulier dans le domaine de la défense [1]. Une étude prospective de l’ANR
[2] affirme à cet égard que «la cognition [sera] au cœur des révolutions technologiques et sociétales».
Toutefois, comme tous les scientifiques, les cognitivistes ont élaboré un vocabulaire, des concepts et des écoles qui se complètent souvent, s’affrontent parfois mais qui, passées les doctes postures de ceux qui les citent, n’en disent pas toujours plus à qui les écoute. Reconnaître que ces recherches, à l’ère de l’hyper-information qui prévaut aujourd’hui, sont en vogue et riches de potentiel ne les rend pas moins hermétiques ou fantasmées.

En effet, il existe aussi une friction sur le champ de bataille scientifique: au carrefour des sciences de la vie, des sciences humaines et sociales et des sciences logiques, les cognitivistes tentent parfois de découvrir une théorie du tout qui s’ancrerait
dans l’objectivité des sciences exactes. Si la richesse (et la diversité, parfois conflictuelle) des théories cognitives est réelle, celles-ci ne sont pas directement transposables en réalités
militaires. Un effort d’analyse critique, et sans fascination, est donc nécessaire pour exploiter cette richesse et en tirer des enseignements doctrinaux et stratégiques utiles.
Les postes de commandement (PC), animés d’une intention et nourris d’informations, sont ontologiquement cognitifs et peuvent être vus comme des systèmes de décision [3]. Dès lors, quelles découvertes cognitives seraient susceptibles de peser demain
sur les structures de commandement? Les sciences cognitives ne resteront-elles qu’un effet de mode qu’il est permis de négliger, ou faut-il au contraire éviter le jugement péremptoire d’un Foch jugeant l’aviation avant 1914 et repenser impérativement les organisations des PC avant qu’une rupture n’intervienne, offrant à qui l’anticipera une supériorité incontestable?Il est probable que, comme toutes les sciences, les sciences cognitives continueront de s’approcher de l’objectivité sans jamais y parvenir; elles n’apporteront sans doute pas la révolution qui débouchera sur une domination militaire par la seule réorganisation des systèmes de commandement. De fait, qui peut croire encore qu’il suffirait de quelques bonds technologiques pour annuler le brouillard de la guerre? En revanche, comme pour toutes les avancées scientifiques, il sera profitable de déterminer quelles améliorations significatives les découvertes cognitives apporteront à ce qui constitue, quelle que soit la submersion de l’information, la raison d’être du commandement militaire: transformer l’intention en action.
Aussi, il sera proposé dans un premier temps une définition des sciences cognitives, de sorte qu’il soit possible d’en déduire les opportunités et les limites pour les systèmes de commandement et déboucher ainsi sur la proposition de quelques applications pour l’avenir.

Les sciences cognitives : de quoi s’agit-il ?

Les sciences cognitives, ou sciences de la cognition, trouvent leur origine dans le «cogito» («je pense») rendu fameux par René DESCARTES. Elles sont éminemment liées à l’usage de la pensée, et leur étymologie s’enracine dans le substantif «cognitio» qui signifie en latin la «faculté de connaître». Aussi ont elles «pour objet de décrire, d’expliquer et, le cas échéant, de simuler les principales dispositions et capacités de l’esprit humain – langage, perception, coordination motrice, planification» [4].

Origine des sciences cognitives

Expliquer et formaliser l’esprit a constitué une des ambitions originelles de la Pensées mili-terre Centre de doctrine et d’enseignement du commandement philosophie.
Considérée comme propre à l’homme dès les présocratiques, la pensée est apparue comme la clé d’un usage conscient et sage de la liberté humaine.

Dans le sillage de la Renaissance, les philosophes «rationalistes», emmenés par DESCARTES, SPINOZA, NEWTON et LEIBNIZ, ont jeté les bases scientifiques de l’ère moderne en interprétant la pensée comme un phénomène logique et décomposable. L’étymologie en répond : la «ratio» latine correspond à la faculté de compter, d’organiser et d’ordonner. Le «logos» grec renvoie à la parole, en particulier à sa nature explicative et démonstrative. Ces notions presque synonymes ont fait école, de KANT à COMTE, nourrissant la volonté de dissocier la complexité en concepts plus élémentaires, clairs, distincts et assurés, qui se scindent à leur tour jusqu’à atteindre des idées simples, des «atomes» en somme. Selon cette approche, la raison consiste alors en la manière d’associer ces «atomes» selon des règles séquentielles, produisant ainsi la matière qu’est la pensée.
Au XIXème siècle, George BOOLE poursuivit cette mécanisation de la pensée en inventant le «calcul symbolique». Celui-ci s’efforce de traduire des opérations logiques (ou, et, si…alors…,etc.) en actions algébriques simples composées de 0 ou de 1. En 1936, Alan TURING, mathématicien britannique, inventa la célèbre machine éponyme, modèle abstrait de l’ordinateur, qui décompose tout problème mathématique calculable par l’homme en une suite d’opérations simples. John von NEUMANN, quant à lui, jeta les bases de la conception des ordinateurs modernes en différenciant le programme des données de calculs.
Parallèlement, des découvertes importantes en neurologie contribuèrent au progrès de la compréhension du cerveau. ALCMÉON de Crotone avait d’ailleurs posé les bases d’un consensus rarement remis en cause depuis l’Antiquité, identifiant le cerveau comme le siège de la raison: les avancées scientifiques modernes lui donnèrent, sans surprise, raison. Entre autres, Paul BROCA localisa le centre du langage dans le lobe temporal gauche, et le neurone fut découvert par un chercheur espagnol, Santiago RAMÓN Y CAJAL. L’Allemand Korbinian BRODMANN publia à son tour en 1909 la première cartographie du cerveau, toujours utilisée aujourd’hui.
L’après-guerre vit la naissance de la cybernétique. Sous l’impulsion du mathématicien N. WIENER et du neurophysiologiste W. Mc CULLOCH, des mathématiciens, des psychologues, des sociologues, des linguistes, mais aussi des anthropologistes participèrent à des sessions interdisciplinaires [5] pour dégager les principes qui régissent les systèmes, qu’ils fussent vivants ou non-vivants. Tout-à-fait dans l’esprit de DESCARTES qui «ne [connaissait] aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose» [6], le but était alors non seulement de développer une analogie entre les machines et les organismes vivants [7], mais également de faire converger les échanges entre spécialistes de disciplines distinctes. Trois idées principales s’en dégagèrent:
la possibilité d’associer le calcul et le signal électrique, la notionde système – qui traite des données et produit un effet –, et enfin le pilotage par rétroaction [8], qui permet de réguler les systèmes.

 Prix fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE 2018

«LE STYLE DE COMMANDEMENT DANS LES ARMÉES DEPUIS LE XIIIème SIÈCLE»

E v o l u t i o n s  e t  p e r s p e c t i v e s  p o u r  l e s  n o t i o n s  d e  c o m m a n d e m e n t
p a r  o b j e c t i f  e t  d e  s u b s i d i a r i t é

CES Christophe MAURIN
CBA Vincent LEHMULLER
CEN Rémy JAILLET
Mme Géraldine SOULIE


Le jury a apprécié la démonstration étayée qui met clairement en évidence la complexification de la guerre ainsi que la vanité d’une course effrénée vers des ordres toujours plus détaillés et exhaustifs et un contrôle toujours plus étroit des subordonnés.
Avouons également que ce sujet a particulièrement séduit les membres de la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE qui admirent tant chez Leclerc son style de commandement fondé sur la grande autonomie et l’initiative laissées aux subordonnés comme sur la concision de ses ordres. Chacun connait l’ordre d’opération pour la libération de Paris mission s’emparer de Paris ! : même si naturellement derrière l’État Major de la 2 e D.B. l’a complété.

Général d’Armée Bruno CUCHE
Président de la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

Fort des enseignements de l’histoire militaire, et alors que plusieurs tendances contemporaines pourraient étouffer le sens de l’initiative des chefs tactiques, Mme Géraldine SOULIÉ, le Chef d’escadrons Christophe MAURIN, le Chef de bataillon Vincent LEHMULLER et le Chef d’escadron Rémy JAILLET estiment pertinent d’engager une action déterminée pour consolider aujourd’hui la culture du commandement par objectifs dans l’armée de Terre car ce style favorise la vitesse dans la prise de décision, facteur majeur de domination de l’adversaire.
Ils proposent des regards croisés entre «style de commandement dans les armées» et «transformations managériales en entreprise» en prenant comme exemple le cas du groupe Renault™.

«Monsieur, le roi vous a promu officier afin que vous sachiez vous-même quand vous ne devez pas obéir».

Alors que les grenadiers prussiens de la guerre de Sept ans incarnent la discipline comme «force principale des armées», FRÉDÉRIC II fait reposer dans cette réplique l’efficacité du chef militaire sur sa capacité, au-delà de la lettre de l’ordre reçu, à en saisir l’esprit et à accomplir ce que le sens de la mission lui commande [1]. Ce paradoxe illustre un des lieux communs de la réflexion sur l’art du commandement : l’initiative n’est-elle jamais qu’une insubordination qui a réussi ou, au contraire, le produit d’une alchimie délibérée destinée à la favoriser ?.
Plus fondamentalement, cette question met en évidence un enjeu essentiel pour la pensée et la pratique militaires : l’adoption d’un style de commandement adapté aux conditions et possibilités opérationnelles du moment.

 

Prix fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE 2018

« Enseignements tirés du soutien logistique des groupements tactiques alliés en 1944
dans leur vocation de “découverte” et de “destruction”
pour l’étude de l’emploi et du soutien de la Force Scorpion  »

Commandant Philippe LE BOT
Commandant Hugues ASSIER de POMPIGNON
Commandant Nicolas VERGOS


 A l’article du règlement du prix général LECLERC les critères d’appréciation sont définis :
Je cite : « les projets sont appréciés de préférence, en fonction des critères qui caractérisent « l’Esprit LECLERC » et des enseignements historiques tirés de la campagne de la 2 e D.B. ».
Indéniablement cette étude sérieuse, bien documentée, bien rédigée répond à ce double critère. la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE n’a pas pu y rester insensible. Mais bien entendu ce seul critère eut été très insuffisant si les enseignements sur le combat « SCORPION » n’avaient pas paru judicieux, novateurs et éclairants.
C’est donc bien l’équilibre général de l’article qui a été apprécié et a justifié d’être primé.

Général d’Armée Bruno CUCHE
Président de la Fondation Maréchal LECLERC de HAUTECLOCQUE

INTRODUCTION

Constatant l’obsession de ses contemporains pour les progrès industriels, Liddell Hart faisait remarquer que « l’armement n’est que l’un des moyens qui servent à faire la guerre ». S’il nous est permis de le paraphraser, nous pourrions dire que la logistique n’est qu’un des outils de l’assortiment dont dispose le chef interarmes pour la gagner.
Darwinienne, la guerre impose dans sa logique le règne du plus adapté, pas forcément du plus moderne, ni du plus audacieux. C’est pourquoi la guerre est fondamentalement une épreuve d’intelligence, laquelle présuppose l’adaptation.
A l’instar du « menuet de Baccarat », célèbre épisode des combats de la 2 ème DB, les campagnes de libération ont été un véritable «spectacle » qui, selon André MARTEL, « a été préparé dans les moindres détails, sur une scène reconnue, exécuté par une troupe rodée et bien encadrée, conduit à un train d’enfer par des commandants de sous-groupements résolus» (in LECLERC, le soldat et le politique).
«Une de mes plus belles réussites », confiera LECLERC, qui entre aussitôt dans la ville où il installe son PC, en n’ayant dès lors qu’une seule obsession : la prochaine conquête de Strasbourg.
Surprise, rapidité, puissance, telles sont les caractéristiques d’une manœuvre qui n’a pas semblé « contrainte » 1 par son intendance.
Précisément, l’objet de notre étude est de considérer cette logistique silencieuse, de s’en inspirer pour esquisser les contours du soutien SCORPION autour d’une idée consistant à pousser l’intégration logistique jusqu’au niveau du pion insubmersible, pour garantir souplesse et manœuvrabilité dans la durée au GT SCORPION.